Blog

 
Ici dépôt géographique !

lundi 19 novembre 2018, par Marion

Peut-être les avez-vous vues, croisées à la boulangerie du quartier, dans votre médiathèque ou à l’école de vos enfants. Ces étranges petites boîtes bleues sont les « topo-boîtes », nouveau projet lancé par Laurance Henry – cie AK Entrepôt, artiste compagnonne, dans le cadre du printemps des compagnons, temps fort à venir pour le printemps 2018.

Souvenez-vous, il y avait eu d’abord en 2015 des boîtes rouges, les « boites à trouilles » qui avaient récolté sur le territoire les peurs des habitant.e.s sous forme de textes. Ces textes, ensuite construits sous forme de partition verbale avaient été déclamés par des « cœurs de trouilles », groupe d’amateurs formés pour l’occasion avant le spectacle A l’ombre de nos peurs de la même compagnie.

Puis, il y a cette envie folle de nos 7 artistes compagnons, attachés à ce territoire, aux rencontres qui s’y produisent depuis plusieurs années (avec les écoles, centres sociaux, villages, publics), d’organiser une grande fête artistique, un parcours dans le centre-ville de Cavaillon montrant divers formats artistiques fabriqués avec les habitant.es. Ce parcours sera construit sous le thème de l’Odyssée, explorant l’idée du voyage, des espaces et de nos frontières. Ce sera le 18 mai prochain, promis on vous en parle bientôt !

« Les paysages nous attirent dans la mesure où ils sont le miroir de notre perception intérieure. » Hélie de Saint Marc
C’est à partir de cette citation que Laurance Henry, souhaite nous réunir cette année pour le printemps des compagnons. A l’aide des « topo-boîtes », sorte de boîte aux lettres, elle propose aux passant.e.s et habitant.e.s d’y déposer récits, petit-mots ou dessins sur des espaces géographiques traversés.
« Partagez le lieu, l’endroit auquel vous êtes attachés. Quelques mots, un dessin ou une photo ; Dites-nous ce qui vous touche, les couleurs, les odeurs, les lumières, les sons, les mouvements…Un paysage de votre enfance, un paysage traversé lors d’un voyage… Celui dans lequel vous vous déplacez au quotidien…ou dans lequel vous vivez. Tous ces récits, souvenirs, images, ainsi récoltés puis mêlés dessineront une nouvelle cartographie partagée de nos lieux de vie, réels ou imaginaires. »

Depuis le mois d’octobre, ces boîtes ont été dissimulées sur le territoire avec nos partenaires du dispositif Nomade(s), ravis d’accueillir dans leurs communes un projet rassembleur et intergénérationnel. Les communes de Caumont-sur-Durance, des Taillades, Cabrières d’Avignon, Lacoste et Cavaillon font voyager les topo-boîtes dans les commerces, médiathèques, mairies, événements locaux ou encore chez l’habitant. Certaines écoles primaires se sont également emparées du projet pour le travailler avec leurs élèves.
Une fois cette matière récoltée, seront ensuite formés des groupes d’amateurs, sorte de troupes de messagers, « les facteurs nomades » portant à bout de voix ces textes recueillis, à l’image des cœurs antiques ou crieurs de rue. Deux ateliers gratuits, ouverts à toutes et tous, à partir de 6 ans, vous sont proposés dans chaque village afin de travailler la mise en voix. Une manière de se retrouver entre petits et grands, voisins et voisines ! Les apparitions et disparitions des « facteurs nomades » auront lieu au détour des rues, la semaine du 13 mai pour le printemps des compagnons.

Pour participer, infos ICI
Inscriptions auprès de Marion 04 90 78 64 60 / nomades@lagarance.com

P.-S.

Un grand merci à la mairie de Lacoste, le foyer rural et l’école primaire de Lacoste, la mairie de Cabrières d’Avignon, la médiathèque, l’association Cinambule et les commerces de Cabrières d’Avignon, la mairie des Taillades, l’association des Estivales, l’école primaire de la Combe, la boulangerie, le coiffeur, la pharmacie et la médiathèque des Taillades, la mairie de Caumont-sur-Durance, la bibliothèque, le foyer des jeunes, l’association Lou Fourniguié, l’école primaire Fernand Perrin et la supérette Utile de Caumont sur Durance, la MJC de Cavaillon, la médiathèque, l’office du tourisme et le centre social la Passerelle à Cavaillon.


Du Rivage au grand large

vendredi 9 novembre 2018, par Nicolas

Et si on donnait la parole aux jeunes de Cavaillon ? Si on leur donnait la possibilité de se rencontrer, au-delà de leur quartier, de leur établissement scolaire ? De choisir ? Depuis l’aventure des Lettres jamais écrites avec Estelle Savasta, ces questions nous préoccupent.

Aussi, durant les vacances de février 2018, la Garance propose à 17 adolescents et jeunes adultes de 13 à 22 ans un stage théâtre animé par Pascale Daniel-Lacombe et le Théâtre du Rivage. Ces jeunes sont recrutés par nos relais enseignants et socioculturels, afin de constituer un groupe le plus divers possible, qui va mêler des collégiens et lycéens en atelier et option Théâtre, mais aussi des jeunes gens suivis par la Mission locale, ou d’autres accompagnés par le CCAS ou l’ADVSEA. 17 adolescents et jeunes adultes qui ne se seraient jamais rencontrés par ailleurs.

Plus qu’un stage, c’est un laboratoire qui leur est proposé, un espace de créativité et de libre expression, intégré au processus de création de la Cie, alors en résidence pour leurs futures pièces, Maelström et Dan Da Dan Dog, axées sur notre rapport au temps. Pendant une semaine, le groupe alterne échanges, collectages de paroles auprès des passants, exercices d’improvisation théâtrale et corporelle, atelier d’écriture, travail autour du texte Maelström de Fabrice Melquiot,…, avant une restitution devant leur famille et les partenaires du projet.

Suite à cette semaine, un bilan est partagé avec les participants. Ces derniers souhaitent s’engager davantage avec la Garance et dans leur rapport au spectacle vivant. Nous imaginons et construisons alors ensemble un parcours sur la saison 2018/2019, comprenant 5 spectacles choisis par eux, et 5 ateliers de pratique avec les artistes de ces pièces. Ainsi qu’un nouveau stage/laboratoire durant les vacances d’avril, aux côtés d’Estelle Savasta (on y revient !), autour de sa future création, prévue en octobre 2019 à la Garance.
C’est aujourd’hui un groupe de 21 adolescents et jeunes adultes qui est étroitement associé à la Garance. Et il est toujours possible de se joindre à eux !

Spectacles choisis par le groupe, et qui feront l’objet de rencontres et d’ateliers :

Prochaine rendez-vous mercredi 19 décembre, pour un goûter d’avant-Noël et une visite du théâtre.


Les Chuchoteurs : une aventure qui démarre !

vendredi 26 octobre 2018, par Ophélie

Cette saison 2018/2019 marque le début de nouvelles expériences à La Garance. L’une d’entre elles nous enthousiasme particulièrement : Les Chuchoteurs.

Les chuchoteurs - présentation de Pascal Parsat from La Garance on Vimeo.

Après avoir rencontré Pascal Parsat (Association Mod’emploi pour une culture qui change), nous avons souhaité faire le pari de rendre l’ensemble de la programmation de La Garance accessible aux personnes aveugles et malvoyantes. En effet, La Garance proposait auparavant des audiodescriptions. Ce dispositif avait une dimension fort pertinente, mais nous obligeait à faire des choix parmi les spectacles (pour des raisons organisationnelles liées à cette technique et financières).
"Les Chuchoteurs", ensuite, sont l’opportunité d’embarquer deux autres théâtres partenaires dans l’aventure : Éveil artistique - Scène conventionnée pour le Jeune public et Le Théâtre des Doms, également engagés sur ces questions d’accessibilité.
Enfin, c’est un dispositif 100% humain garanti sans fil et sans pile. Vous le comprendrez dans l’entretien avec Pascal Parsat, ci-dessus : ce sont des "Chuchoteurs" bénévoles (nous sommes 19 à nous être formés le 13 octobre 2018), de tous âges, qui accompagnent les spectateurs pour qui les formes et les couleurs sont peu ou pas perceptibles. C’est donc un partage de sensations, et le début d’un voyage sensoriel passionnant !


De chœur et de cœur

mercredi 24 octobre 2018, par Jean-Claude

Hier au soir, j’ai rencontré Face à la mère. J’ai chaviré. Et si bien sûr ce naufrage fut douloureux, il n’en restera pas moins bienheureux. Il allait être question d’amour. Il ne pouvait en être autrement. Et il fut bien question d’amour. D’un amour fou. Du tout premier amour. De cet amour entre un fils et une mère.

De deux aveux étrangers l’un pour l’autre malgré un amour si proche. Quelle délicatesse à l’égard du spectateur que de penser à lui, en premier lieu, de le baigner ainsi dans ce silence, dans cette attente, de l’inviter par cette attention, non pas à rester voyeur ou entendeur, mais selon sa liberté bien sûr, à prendre part intimement au rendez-vous de cet amour qu’il peut alors faire sien, comme le septième acteur. Soudain. Mes doigts ont lâché prise. J’ai dégringolé. Et je me suis laissé porter au gré des vagues des mots de Jean-René Lemoine, parfois tranquilles, parfois furieuses. Ce texte a une beauté rare, et bien au-delà d’une composition, d’une partition parfaites, la beauté bienveillante de vous accompagner vers la lumière de votre propre histoire, celle d’un être toujours vivant. Un être qui peut encore s’émouvoir, émouvoir, hurler, avouer, rire, pleurer. Je me suis noyé dans cette écriture qui n’a de cesse de vous murmurer, en arrière-plan, qu’il n’y a jamais une seule vérité mais des vérités, autant de vérités que d’êtres humains, et toutes estimables, qu’il n’y a jamais un unique chant d’amour mais des chants d’amour, oui, autant de chants d’amour que d’êtres humains, et tous mélodieux. Nous devons alors trouver ce courage de recevoir d’autres vérités et d’autres chants d’amour que les nôtres. Les mots de cet auteur font transpirer la beauté de l’Homme, sa lumière, même et surtout en proie à ses peurs, ses hésitations, ses fragilités et ses violences. Sa divinité.

La mise en scène est tout aussi puissante. Hautement audacieuse, délibérément inconfortable, sur un fil, sans cesse funambule, au risque à tout moment de chuter ou de s’élever, de plaire ou de déplaire. Et le courage n’est-il pas l’artère vivifiante d’une mise en scène digne de ce nom ? Alexandra Tobelaim a même osé transformer, sans bien sûr jamais le trahir une seconde, ce pur monologue, déjà interprété à sa création par l’auteur en personne, en un monologue à six voix, pour trois comédiens et pour trois musiciens, tous bien distincts, affirmant ainsi, et de manière admirable, l’universalité du propos. Parfois en chœurs, parfois en solitaires, bénéficiant et usant, à leur gré, d’une liberté d’improvisation dessinant encore plus précisément leurs fragilités, les comédiens vont et viennent entre théâtre antique et théâtre d’aujourd’hui, dans un métissage complice, harmonieux et cohérent. Un autre acte fort de la metteure en scène : offrir un pareil présent à des comédiens, à de jeunes comédiens, oser leur confier de si lourdes responsabilités, leur accorder avec une immense confiance, afin qu’ils puissent s’épanouir dans l’essence même de leur métier. Et nous faire partager ce bonheur-là. La composition musicale, toujours présente et essentielle, parfois douce, parfois violente, de sources différentes, entre « Matching Mole » et un rock appuyé, mais si singulière, a le talent subtil, non pas d’accompagner l’œuvre, mais de la poursuivre, de la prolonger, de l’élever davantage encore, de dévoiler certaines pudeurs que les personnages ne peuvent pas avouer. Pudeurs magnifiques lorsqu’elles sont tues. Pudeurs magnifiques quand elles sont instrumentales ou chantées.

Jean-Claude Herbette


L’image de saison

vendredi 28 septembre 2018, par Jean-Claude

Le choix de l’image qui accompagnera, représentera, sur notre site internet et sur de nombreux documents, le sens, la sensibilité même de la saison, est une décision passionnante, certes excitante, mais toujours délicate. Car nous sommes bien conscients que cette image est l’un des tous premiers pas vers la saison à venir. Et lorsque nous nous retrouvons autour de la table – le secrétaire général, le directeur, le graphiste et moi-même – pour définir l’orientation, l’essence de cette image, nous sommes avant tout obsédés par l’envie d’être « justement et simplement compris », de partager avec vous notre enthousiasme pour la nouvelle saison, tout en restant bien sûr accessibles à toutes et tous. Par cette image, éclaircir une nouvelle programmation, faire naître en vous le désir de la découvrir, d’éveiller et de titiller votre curiosité.


Pour la saison 2017 / 2018, nous avions eu le désir de créer une image qui symboliserait « épure et simplicité ». Mais certain(e)s d’entre vous, nous ont fait savoir que si l’image choisie était belle, elle renvoyait une certaine froideur, imposait une certaine distance, installait une contemporanéité qui pouvait faire un peu peur. L’effet inverse de ce que nous voulions susciter. Ces retours, nous ont été fortement bénéfiques, car les spectateurs sont la respiration même d’un Théâtre, son épiderme, le plus souvent de bons sens, quand, nous, « spécialistes », il peut nous arriver parfois de faire fausse route.

Forts de ces remarques, pour la saison 2018 / 2019, nous avons alors souhaité revenir à l’humain, l’humain dans toute sa diversité, l’humain dans toutes ses origines, l’humain dans tous ses âges. Notre désir : donner plus de chair, de regards, de gestes, enfin plus de vie, à un projet artistique dont l’orientation était précisément « la solidarité ».

La question qui se posait alors était de définir les personnes qui figureraient dans ce livret de saison, sur les affiches. Nous avons été inspirés par un stage qui s’était déroulé quelques mois auparavant, animé par Pascale Daniel-Lacombe, artiste compagnonne, stage au cours duquel plusieurs jeunes gens s’étaient investis et remarquablement exprimés artistiquement. Nous avons donc fait appel à eux. A d’autres personnes également qui avaient participé à d’autres ateliers au cours de la saison afin de rassembler des personnes différentes, de proposer une mosaïque de spectateurs. Tout le monde s’est joyeusement prêté au jeu, bénévolement, sous les houlettes talentueuses de Thomas Bohl, le photographe, et de François Moissette, le graphiste. Dans ce livret de saison, deux personne, c’est vrai, échappe à la règle : madame Lucienne et monsieur Pierre Badoni, présent(e)s pratiquement à chaque spectacle depuis la création du label Scène nationale, en 1991. Nous voulions rendre hommage à la fidélité de ces deux abonnés.

Les trois jours au cours desquels les photos furent prises, un week-end de mai, ne furent que moments de joie, de franche rigolade, de bonne humeur, trois jours d’attentions, de repas ensemble, et de rencontres mutuelles. Une solidarité naissait. Je sentais déjà que le livret de la saison serait plus « juste », plus approprié.
Merci une fois encore à toutes ces personnes qui n’ont pas prêté leur image mais qui nous l’ont donnée. Et vous que pensez-vous de cette image de saison ?