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Du Rivage au grand large

vendredi 9 novembre 2018, par Nicolas

Et si on donnait la parole aux jeunes de Cavaillon ? Si on leur donnait la possibilité de se rencontrer, au-delà de leur quartier, de leur établissement scolaire ? De choisir ? Depuis l’aventure des Lettres jamais écrites avec Estelle Savasta, ces questions nous préoccupent.

Aussi, durant les vacances de février 2018, la Garance propose à 17 adolescents et jeunes adultes de 13 à 22 ans un stage théâtre animé par Pascale Daniel-Lacombe et le Théâtre du Rivage. Ces jeunes sont recrutés par nos relais enseignants et socioculturels, afin de constituer un groupe le plus divers possible, qui va mêler des collégiens et lycéens en atelier et option Théâtre, mais aussi des jeunes gens suivis par la Mission locale, ou d’autres accompagnés par le CCAS ou l’ADVSEA. 17 adolescents et jeunes adultes qui ne se seraient jamais rencontrés par ailleurs.

Plus qu’un stage, c’est un laboratoire qui leur est proposé, un espace de créativité et de libre expression, intégré au processus de création de la Cie, alors en résidence pour leurs futures pièces, Maelström et Dan Da Dan Dog, axées sur notre rapport au temps. Pendant une semaine, le groupe alterne échanges, collectages de paroles auprès des passants, exercices d’improvisation théâtrale et corporelle, atelier d’écriture, travail autour du texte Maelström de Fabrice Melquiot,…, avant une restitution devant leur famille et les partenaires du projet.

Suite à cette semaine, un bilan est partagé avec les participants. Ces derniers souhaitent s’engager davantage avec la Garance et dans leur rapport au spectacle vivant. Nous imaginons et construisons alors ensemble un parcours sur la saison 2018/2019, comprenant 5 spectacles choisis par eux, et 5 ateliers de pratique avec les artistes de ces pièces. Ainsi qu’un nouveau stage/laboratoire durant les vacances d’avril, aux côtés d’Estelle Savasta (on y revient !), autour de sa future création, prévue en octobre 2019 à la Garance.
C’est aujourd’hui un groupe de 21 adolescents et jeunes adultes qui est étroitement associé à la Garance. Et il est toujours possible de se joindre à eux !

Spectacles choisis par le groupe, et qui feront l’objet de rencontres et d’ateliers :

Prochaine rendez-vous mercredi 19 décembre, pour un goûter d’avant-Noël et une visite du théâtre.


Les Chuchoteurs : une aventure qui démarre !

vendredi 26 octobre 2018, par Ophélie

Cette saison 2018/2019 marque le début de nouvelles expériences à La Garance. L’une d’entre elles nous enthousiasme particulièrement : Les Chuchoteurs.

Les chuchoteurs - présentation de Pascal Parsat from La Garance on Vimeo.

Après avoir rencontré Pascal Parsat (Association Mod’emploi pour une culture qui change), nous avons souhaité faire le pari de rendre l’ensemble de la programmation de La Garance accessible aux personnes aveugles et malvoyantes. En effet, La Garance proposait auparavant des audiodescriptions. Ce dispositif avait une dimension fort pertinente, mais nous obligeait à faire des choix parmi les spectacles (pour des raisons organisationnelles liées à cette technique et financières).
"Les Chuchoteurs", ensuite, sont l’opportunité d’embarquer deux autres théâtres partenaires dans l’aventure : Éveil artistique - Scène conventionnée pour le Jeune public et Le Théâtre des Doms, également engagés sur ces questions d’accessibilité.
Enfin, c’est un dispositif 100% humain garanti sans fil et sans pile. Vous le comprendrez dans l’entretien avec Pascal Parsat, ci-dessus : ce sont des "Chuchoteurs" bénévoles (nous sommes 19 à nous être formés le 13 octobre 2018), de tous âges, qui accompagnent les spectateurs pour qui les formes et les couleurs sont peu ou pas perceptibles. C’est donc un partage de sensations, et le début d’un voyage sensoriel passionnant !


De chœur et de cœur

mercredi 24 octobre 2018, par Jean-Claude

Hier au soir, j’ai rencontré Face à la mère. J’ai chaviré. Et si bien sûr ce naufrage fut douloureux, il n’en restera pas moins bienheureux. Il allait être question d’amour. Il ne pouvait en être autrement. Et il fut bien question d’amour. D’un amour fou. Du tout premier amour. De cet amour entre un fils et une mère.

De deux aveux étrangers l’un pour l’autre malgré un amour si proche. Quelle délicatesse à l’égard du spectateur que de penser à lui, en premier lieu, de le baigner ainsi dans ce silence, dans cette attente, de l’inviter par cette attention, non pas à rester voyeur ou entendeur, mais selon sa liberté bien sûr, à prendre part intimement au rendez-vous de cet amour qu’il peut alors faire sien, comme le septième acteur. Soudain. Mes doigts ont lâché prise. J’ai dégringolé. Et je me suis laissé porter au gré des vagues des mots de Jean-René Lemoine, parfois tranquilles, parfois furieuses. Ce texte a une beauté rare, et bien au-delà d’une composition, d’une partition parfaites, la beauté bienveillante de vous accompagner vers la lumière de votre propre histoire, celle d’un être toujours vivant. Un être qui peut encore s’émouvoir, émouvoir, hurler, avouer, rire, pleurer. Je me suis noyé dans cette écriture qui n’a de cesse de vous murmurer, en arrière-plan, qu’il n’y a jamais une seule vérité mais des vérités, autant de vérités que d’êtres humains, et toutes estimables, qu’il n’y a jamais un unique chant d’amour mais des chants d’amour, oui, autant de chants d’amour que d’êtres humains, et tous mélodieux. Nous devons alors trouver ce courage de recevoir d’autres vérités et d’autres chants d’amour que les nôtres. Les mots de cet auteur font transpirer la beauté de l’Homme, sa lumière, même et surtout en proie à ses peurs, ses hésitations, ses fragilités et ses violences. Sa divinité.

La mise en scène est tout aussi puissante. Hautement audacieuse, délibérément inconfortable, sur un fil, sans cesse funambule, au risque à tout moment de chuter ou de s’élever, de plaire ou de déplaire. Et le courage n’est-il pas l’artère vivifiante d’une mise en scène digne de ce nom ? Alexandra Tobelaim a même osé transformer, sans bien sûr jamais le trahir une seconde, ce pur monologue, déjà interprété à sa création par l’auteur en personne, en un monologue à six voix, pour trois comédiens et pour trois musiciens, tous bien distincts, affirmant ainsi, et de manière admirable, l’universalité du propos. Parfois en chœurs, parfois en solitaires, bénéficiant et usant, à leur gré, d’une liberté d’improvisation dessinant encore plus précisément leurs fragilités, les comédiens vont et viennent entre théâtre antique et théâtre d’aujourd’hui, dans un métissage complice, harmonieux et cohérent. Un autre acte fort de la metteure en scène : offrir un pareil présent à des comédiens, à de jeunes comédiens, oser leur confier de si lourdes responsabilités, leur accorder avec une immense confiance, afin qu’ils puissent s’épanouir dans l’essence même de leur métier. Et nous faire partager ce bonheur-là. La composition musicale, toujours présente et essentielle, parfois douce, parfois violente, de sources différentes, entre « Matching Mole » et un rock appuyé, mais si singulière, a le talent subtil, non pas d’accompagner l’œuvre, mais de la poursuivre, de la prolonger, de l’élever davantage encore, de dévoiler certaines pudeurs que les personnages ne peuvent pas avouer. Pudeurs magnifiques lorsqu’elles sont tues. Pudeurs magnifiques quand elles sont instrumentales ou chantées.

Jean-Claude Herbette


L’image de saison

vendredi 28 septembre 2018, par Jean-Claude

Le choix de l’image qui accompagnera, représentera, sur notre site internet et sur de nombreux documents, le sens, la sensibilité même de la saison, est une décision passionnante, certes excitante, mais toujours délicate. Car nous sommes bien conscients que cette image est l’un des tous premiers pas vers la saison à venir. Et lorsque nous nous retrouvons autour de la table – le secrétaire général, le directeur, le graphiste et moi-même – pour définir l’orientation, l’essence de cette image, nous sommes avant tout obsédés par l’envie d’être « justement et simplement compris », de partager avec vous notre enthousiasme pour la nouvelle saison, tout en restant bien sûr accessibles à toutes et tous. Par cette image, éclaircir une nouvelle programmation, faire naître en vous le désir de la découvrir, d’éveiller et de titiller votre curiosité.


Pour la saison 2017 / 2018, nous avions eu le désir de créer une image qui symboliserait « épure et simplicité ». Mais certain(e)s d’entre vous, nous ont fait savoir que si l’image choisie était belle, elle renvoyait une certaine froideur, imposait une certaine distance, installait une contemporanéité qui pouvait faire un peu peur. L’effet inverse de ce que nous voulions susciter. Ces retours, nous ont été fortement bénéfiques, car les spectateurs sont la respiration même d’un Théâtre, son épiderme, le plus souvent de bons sens, quand, nous, « spécialistes », il peut nous arriver parfois de faire fausse route.

Forts de ces remarques, pour la saison 2018 / 2019, nous avons alors souhaité revenir à l’humain, l’humain dans toute sa diversité, l’humain dans toutes ses origines, l’humain dans tous ses âges. Notre désir : donner plus de chair, de regards, de gestes, enfin plus de vie, à un projet artistique dont l’orientation était précisément « la solidarité ».

La question qui se posait alors était de définir les personnes qui figureraient dans ce livret de saison, sur les affiches. Nous avons été inspirés par un stage qui s’était déroulé quelques mois auparavant, animé par Pascale Daniel-Lacombe, artiste compagnonne, stage au cours duquel plusieurs jeunes gens s’étaient investis et remarquablement exprimés artistiquement. Nous avons donc fait appel à eux. A d’autres personnes également qui avaient participé à d’autres ateliers au cours de la saison afin de rassembler des personnes différentes, de proposer une mosaïque de spectateurs. Tout le monde s’est joyeusement prêté au jeu, bénévolement, sous les houlettes talentueuses de Thomas Bohl, le photographe, et de François Moissette, le graphiste. Dans ce livret de saison, deux personne, c’est vrai, échappe à la règle : madame Lucienne et monsieur Pierre Badoni, présent(e)s pratiquement à chaque spectacle depuis la création du label Scène nationale, en 1991. Nous voulions rendre hommage à la fidélité de ces deux abonnés.

Les trois jours au cours desquels les photos furent prises, un week-end de mai, ne furent que moments de joie, de franche rigolade, de bonne humeur, trois jours d’attentions, de repas ensemble, et de rencontres mutuelles. Une solidarité naissait. Je sentais déjà que le livret de la saison serait plus « juste », plus approprié.
Merci une fois encore à toutes ces personnes qui n’ont pas prêté leur image mais qui nous l’ont donnée. Et vous que pensez-vous de cette image de saison ?


La partie immergée de l’iceberg

mercredi 5 septembre 2018, par Ophélie

Dans les métiers du spectacle, il nous arrive d’entendre, une fois la programmation finie, en juin de chaque saison : « Hey ben maintenant qu’il n’y a plus de spectacle, vous n’avez plus rien à faire, vous devez vous ennuyer » (suivi d’un clin d’œil, d’une tape sur l’épaule, et d’un rire complice).
Comme dans toute activité professionnelle, la majorité du travail mené à La Garance est invisible et réalisé dans les bureaux, donc peu spectaculaire ! Ainsi, vous pourriez observer par des trous de souris : des tâches administratives, envois de centaines de mails, tableaux Excel en pagaille, logiciels de comptabilité, billetterie, mise en page ou Dessins assistés par ordinateur (DAO), et cætera et cætera ! Mais vous pourriez également découvrir par ce trou de souris : la dentelle des relations et actions menées avec et pour les habitants. Ce sont des ateliers ou rencontres avec des artistes, de précieux temps pendant lesquels il se passe quelque chose, dans la vie de personnes qui vont traverser l’activité de La Garance.
Nous souhaitons vous transmettre des bouts d’histoires. Puisqu’en travaillant dans cette « maison », nous pouvons témoigner de ce que La Garance tisse avec des habitants et spectateurs, parallèlement aux relations artistiques. Peut-être finirez-vous cet article avec des bribes de réponses à la question « que fait une équipe de théâtre quand il n’y a plus de spectacle ». Peut-être (ré)apprécierez-vous ici, que La Garance ne se borne pas à sa programmation, ou à son équipe, mais se révèle être une toile sur laquelle vous et nous, nous tous, allons poser un geste, une trace.

Nous sommes le mardi 10 juillet 2018 et le festival d’Avignon a commencé depuis quelques jours.
A Cavaillon, un car attend en gare routière. Tout autour, s’assemblent : des enfants accompagnés par leurs parents, une animatrice et le directeur du Centre de loisir de Cavaillon (l’OCV), des professeurs de écoles et une directrice d’école fraîchement retraitée, toutes bénévoles, une famille avec ses valises, puis arrivent des adolescents l’un après l’autre.
La Garance a réuni dans ce car allant à Avignon : 3 groupes, 3 projets, 3 aventures différentes.

- Il y a des enfants…
La Garance travaille en lien, notamment, avec les écoles du réseau d’éducation prioritaire et le Centre de Loisirs de Cavaillon. Et depuis quatre années, nous organisons ensemble des séjours de « jeunes spectateurs ». Vingt enfants venant de quatre écoles élémentaires cavaillonnaises (Jean Moulin, Charles de Gaulle, la Colline et Joliot-Curie) s’y sont inscrits cet été. Ils ont vécu ce mardi 10 juillet, le premier des quatre jours de festival dans le cadre du temps fort Avignon enfants à l’Honneur (coordonné par l’Assitej – Scènes d’enfance). Un programme de spectacles, ateliers, rencontres et pique-niques (ainsi qu’un passage à la Cour d’Honneur du Palais des papes, aux côtés de la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen)
> Lien avec l’article de Juliette « 20 enfants à l’Honneur à Avignon » (juillet 2018).

- Il y a des adolescents
Un groupe de six adolescents, issus du groupe de 19 jeunes de 11 à 25 ans, qui avaient joué, travaillé et improvisé dans les espaces de La Garance, guidés par Pascale Daniel-Lacombe (artiste compagnonne de La Garance) et 2 acolytes. Leurs ateliers sur la question du Temps avaient généré l’envie de poursuivre une aventure théâtrale ensemble à La Garance. L’étape suivante, qui nous est naturellement venue était de faire découvrir le travail de Pascale Daniel-Lacombe et le Théâtre du Rivage à l’occasion de leur passage au festival d’Avignon, avec deux pièces (une accueillie 3 ans auparavant à La Garance, A la renverse, et une création dont le sujet est l’âge adolescent. Pièce à laquelle ce groupe d’ados a beaucoup contribué). L’étape qui suit et démarre cette rentrée de septembre 2018, est la création d’un Parcours adolescents ; ouvert aux inscriptions, il s’agira pour celles et ceux qui y participeront, de choisir ensemble 5 spectacles à voir ensemble, autour desquels des rencontres et ateliers pourront être organisés.
> Pour en savoir plus sur le « Parcours adolescents », c’est ici !

- Il y a une famille
Pour la première fois, des familles des 4 coins de la France ayant participé à des actions Lire et dire du théâtre en famille se sont rencontrées.
Le festival d’Avignon, grande fête du théâtre, était l’occasion idéale pour cette rencontre au sommet ! L’association Scènes Appartagées a donc intégré ces familles au programme d’ « Avignon Enfants à l’Honneur » (en lien avec l’Assitej). Elle a financé l’hébergement, les repas et places de spectacles des familles. La Garance a pu accompagner une famille parmi celles avec lesquelles le dispositif a été mené. Cette famille avait accueilli Estelle Savasta (et un médiateur de La Garance), dans son appartement, à trois reprise. La mère et les enfants avaient choisi un texte de théâtre (jeune public) et ont appris à jouer ce texte, et l’adresser à un public, pour le présenter enfin à un public d’amis, de voisins, etc. Vous pouvez voir certains de ces jolis minois dans la plaquette de la saison 2018-19, et sur le site de La Garance.
>lire l’article « La Garance, un auteur et trois familles »

Ceci n’étant qu’une partie de l’activité de La Garance, un court extrait de notre activité adressée aux publics et habitants, durant cet été. Mais quel plaisir pour notre équipe, d’imaginer de nouvelles aventures, de nouvelles manières de vous rencontrer, chaque année, pour vous mettre en relation avec les artistes que nous accompagnons et les espace de La Garance, qui sont également les vôtres.