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théâtre

Bernard-Marie Koltès /
Catherine Marnas /
Iljir Sélimoski

La nuit juste avant les forêts

durée 1 h

"Un homme, assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver, un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers. Une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus, un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner, il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, silencieux, immobile." (Bernard-Marie Koltès)
Le comédien étant lui-même fils d’immigré, il connaît ces mots, les entend, les comprend comme une musique familière et sait combien il est difficile de se sentir étranger dans son propre pays. "Iljir" veut dire "Liberté" en albanais. Quelle coïncidence ! Mais la coïncidence n’est-elle pas la liberté du hasard ?


La nuit juste avant les forets @ Michel Guillerot

La pièce

" Je me souviens avoir lu une lettre de Bernard-Marie Koltès adressée à sa mère. Il y parlait d’un jeune homme croisé aux Halles, la nuit, d’une perte, de son désarroi face à une demande à laquelle il ne savait pas répondre. Comme le choc de deux mondes, en un croisement, de l’enfoui, de l’indicible. C’était l’origine de La Nuit juste avant les forêts.

On parle beaucoup de la langue, de la musique magnifique de cette pièce composée comme une fugue de Bach. Cela a peut-être éclipsé avec le temps le contenu d’humanité.

Et un jour Iljir a débarqué avec une demande, il portait ce texte dans sa tête, dans sa bouche depuis deux ans, le partageant au hasard des passants croisés devant sa gare d’Uzès, dans les rues de Paris…

Le désir de le partager sur une scène. Nous nous sommes donné des rendez-vous improbables, répétant dans la mer comme dans un studio.

Et j’ai entendu des choses que je n’avais jamais entendues avec cette clarté, cette évidence, comme par exemple la cohabitation en une seule tête de deux générations d’immigration, inconciliables… l’humilité, la soumission souriante des pères jouant à ne rien comprendre et la rage, la haine des fils rêvant de destruction pour se venger de l’humiliation.

Au-delà de la musique, portés par elle, se dévoilent des lambeaux de mystères
d’humanité."

Catherine Marnas

Extrait vidéo

- à voir sur le site du Théâtre des Salins - Scène nationale de Martigues : un extrait de La nuit juste avant les forêts

Bernard-Marie Koltès

Né à Metz en 1948, Bernard-Marie Koltès a été élevé au collège jésuite de Saint Clément jusqu’au Baccalauréat.

Après quelques années de piano et d’orgue, quelques semaines de journalisme et à l’école du Centre Dramatique de l’Est à Strasbourg, il fonde la compagnie Le Théâtre du Quai pour laquelle il écrit "Les Amertumes" (1970), "La Marche - Le Procès ivre" (1971) et "Récits morts" (1973) qu’il met en scène lui-même.

Pour la radio, il écrit "L’Héritage" (1972), et "Des Voix sourdes" (1973).

Après un voyage en URSS en 1973, il écrit le roman "La Fuite à Cheval très loin dans la Ville", puis "Le Jour des Meurtres dans l’Histoire d’Hamlet".

En 1976, il écrit La Nuit juste avant les Forêts qu’il mettra lui-même en scène en 1977 puis qui sera montée dans toute l’Europe, puis "Sallinger" en 1977.

Il voyage au Nicaragua, au Guatemala et au Salvador puis écrit "Combat de Nègre et de Chiens" en 1979. Entre 1981 et 1985, il fait plusieurs séjours à New York, puis au Sénégal.

A partir de 1983, il entame son partenariat avec Patrice Chéreau qui créera "Combat de Nègre et de Chiens", puis "Quai Ouest" (en 1985), "Dans la Solitude des Champs de Coton" (en 1986) et "Le Retour au Désert" (en 1988).

Ses pièces sont jouées dans toute l’Europe, notamment en Allemagne où il connaît un grand succès.

Sa dernière pièce, écrite en 1988, est "Roberto Zucco", créée à Berlin en 1990 par Peter Stein, et jouée pour la première fois en France au TNP par Bruno Boëglin en 1991.

Bernard-Marie Koltès meurt en 1989, après plusieurs mois de voyage au Mexique, au Guatemala et à Lisbonne.

[ source : theatre-contemporain.net ]

Iljir Sélimoski

" Je suis né au bout des pistes d’Orly, dans une H.L.M. (Hôpital Longue Maladie), un quartier, la cité, des immigrés des cinq continents, aux portes du monde…
Telle une météorite qui se laisse choir, j’ai atterri au théâtre.

J’étais apprenti comédien lorsque j’ai rencontré l’oeuvre de Koltès et son écriture si particulière, j’ai voulu être totalement au service de ce poète céleste qui disait : " j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lien, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous ".

La Nuit juste avant les forêts a été écrite l’année de ma naissance. C’est le premier texte théâtral revendiqué par son auteur. Dans cette "parlerie", "le passant solitaire" insiste constamment sur le fait qu’il est étranger, qu’il vit et vient d’un monde étranger et je me suis dit que c’était cela que je voulais raconter : étant moi- même fils d’immigré, je connais ses mots, je les entends, je les comprends, comme une musique familière et je sais combien il est difficile de se sentir étranger dans son propre pays ! "

Iljir Sélimoski

"Iljir" veut dire "Liberté" en albanais. Quelle coïncidence ? Mais la coïncidence n’est-elle pas la liberté du hasard ?

- le site d’Iljir Selimoski

Distribution

texte : Bernard-Marie Koltès

avec : Iljir Sélimoski, dirigé par Catherine Marnas

assistant : Julien Duval
son : Madame Miniature
vidéo : Franck Manzoni avec la complicité artistique et amicale de Serge Boudin

Mentions

production : Théâtre des Salins, Scène nationale de Martigues

remerciements à la Compagnie Parnas