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Armel Roussel

Si demain vous déplaît


lundi
18 mai
2009
mardi
19 mai
2009
Théâtre de Cavaillon

A partir d’une série de figures de notre mythologie contemporaine, puis à partir d’une confrontation entre ces figures et les acteurs qui les construisent et les portent, le spectacle interrogera les possibles et les limites d’un monde qui serait débarrassé de toute honte et culpabilité, en quête de bonheur, d’épanouissement ou de la meilleure vie possible. Mais quel serait un monde sans honte ni culpabilité ?

Le spectacle

Si demain vous déplaît… sera un spectacle « total », où le plateau n’est pas une scène figée mais un lieu ouvert, mouvant, mutant, qui confronte le théâtre et la danse, le singulier et l’universel. Il s’ancrera à la fois dans la réalité (une partie du travail consiste en une observation du réel avec des interviews, des rencontres, une immersion dans plusieurs milieux professionnels, etc), pour s’étendre à une dimension spirituelle (nos rêves, nos idéaux, nos projections de vie après la mort).

Si demain vous déplaît… approfondit les thèmes et questions chers à Armel Roussel, tout particulièrement ceux du temps, de la recherche du bonheur, de la liberté et de l’oppression. Le travail sera axé autour de plusieurs questions : Que sont le bonheur, la grâce, la félicité ? Que serait notre monde si les notions de honte et de culpabilité n’existaient pas ? Atteindrait-on la libération qui mène au bonheur ou serait-ce la porte ouverte à la barbarie ? Peut-on espérer une société idéale (un bonheur communautaire) sans tomber dans la terreur fasciste ou le chaos ?

Dans une boîte blanche en plâtre qui se craquèle pour finir par exploser sous la colère d’un enfant, une dizaine d’acteurs exploreront de manière quasi mathématique les visions du bonheur qui existent parmi toutes les couches socioculturelles de notre société. La boîte de Pandore pulvérisée laissera surgir une végétation luxuriante, vision paradisiaque rythmée par les sons d’un Divin DJ : le plateau livrera alors tous les remous qu’implique une société « heureuse à tout prix ».

Armel veut par ailleurs pousser plus loin sa recherche de connexion entre l’acteur, le personnage et le spectateur : les acteurs travailleront dans un rapport brut au plateau en jouant de l’instantanéité de la représentation, tout comme ils pourront s’abstraire d’un rapport frontal avec le public et s’inventer un « quatrième mur ». Avec ce projet, Armel désire toucher à l’immatérialité et la beauté avec un théâtre vivant, jouissif, où des êtres humains envahissent le plateau pour porter une réflexion et une parole.

Cie Utopia2

L’histoire d’Utopia commence en 1996 par un texte, "Roberto Zucco" et une interrogation : l’identité et la place de l’individu dans un monde à la dérive. Première mise en scène d’Armel Roussel, ce dernier opus mythifié de Koltès est monté dans un lieu off de Bruxelles, l’Ancienne Ecole des Vétérinaires. Son univers fort, composé de théâtre, de danse, de vidéos et d’extraits de films et le refus de traiter ce texte de façon réaliste suscitent un enthousiasme extraordinaire : le spectacle est repris à Bruxelles (Kaaitheater, Théâtre Varia), en France (Théâtre de Gennevilliers, Comédie de Caen), en Espagne (Teatro Central, Séville) et au Portugal (Culturgest. Lisbonne).

Armel est ensuite frappé par le théâtre engagé d’Howard Barker, à la poésie mêlée de lyrisme pur, de langage ordurier et d’idées choquantes. Il monte en 1998 Les Européens dans le cadre du KunstenFESTIVALdesArts. Pour cette adaptation, Armel s’approprie la radicalité du théâtre barkerien en mélangeant théâtre, vidéo, danse et musique auxquels sont venus s’ajouter des chants et des commentaires politiques.Pour interroger le lien entre politique, propagande et fascisme, il construit une mise en scène jouant de la manipulation directe des spectateurs tout en faisant appel à leur intelligence active.

En 2000, il crée "enterrer les Morts / réparer les Vivants", d’après Platonov de Tchekhov (Théâtre de l’Union, Limoges/KunstenFESTIVALdesArts). En l’affranchissant des poncifs du décor et du déroulement traditionnellement lent de l’action, en bousculant au passage le texte, Armel s’attache à rendre compte du chaos qui règne dans cette pièce où fractures psychiques, arrière-pensées et obsessions se dévoilent, notamment par le jeu physique des acteurs.

Armel questionne ainsi le rapport tragique de l’individu à la transgression de la morale et fait résonner l’absurdité d’un monde normé et artificiel, en évitant tout nihilisme.Il consolide aussi sa recherche d’un théâtre festif, cathartique qui désire susciter interrogations et réflexions chez le spectateur.

En 2002, Utopia prend un tournant artistique et devient Utopia 2 pour éviter le piège de son propre cloisonnement, s’ouvrir à de nouvelles collaborations et élargir ses perspectives.

Armel développe alors de nouvelles envies de mises en scène, de théâtre plus intime intégrant le silence, le vide, le rien, avec "Notre besoin de consolation est impossible à rassasier" d’après Stig Dagerman (Brigitinnes/KunstenFESTIVALdesARTS , Maison de la Culture de Bourges). Puis vient la création d’Hamlet (version athée) (Théâtre Varia, Bruxelles. Lieu Unique, Nantes. Théâtre de Gennevilliers). Armel amène un point de vue fort sur la pièce de Shakespeare en créant un Hamlet à l’énergie monstrueuse qui lutte avec la bêtise, le pragmatisme et le populisme qui l’entourent, et foudroie la résolution « religieuse » du deuil du père et de l’autorité.

Depuis 2005, Armel oriente Utopia2 vers une direction nouvelle, équilibrant les spectacles nés d’un support textuel et ce qu’on pourrait appeler les « créations pures ». Ainsi naît "Pop ?" (Théâtre Varia, Maison de la Culture de Bourges) un spectacle avec dix-sept acteurs, dont les mythologies personnelles viennent gonfler la gigantesque fresque humaine. Armel compose ainsi avec le fragment, offrant une recherche où la dimension d’inconscient est présente, et laissant au spectateur la liberté de créer sa propre narration.

Puis avec "And Björk of course …" de l’Islandais Thorvaldur Thorsteinsson (2006), Armel met en valeur la parole comme pulsion, faisant jaillir la monstruosité qui se niche chez les personnages et révélant que le rapport au couple, au désir, à la mort et à la sexualité ne s’opère que dans un monde masqué, hypocrite de convenances.

En janvier 2007, Armel poursuit son travail de recherche en création avec "Fucking Boy" (Théâtre Varia), terrain de réflexion et de questionnement à portée politique qui s’approche du théâtre-performance. Le spectacle part du constat que chacun de nous est conscient des dysfonctionnements du monde et pourtant, cautionne -même sans le vouloir- un système mondial aliénant (compétition, exploitation, exclusion des faibles et des pauvres, hégémonie de l’argent, manipulation de l’opinion publique, corruption des politiques…). Armel utilise le modèle américain comme reflet de ce paradoxe et interroge les notions de révolte, de liberté individuelle et d’ « animalité humaine ».

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- le site de la Cie Utopia : www.utopia2.be

Armel Roussel

[ extraits d’entretien avec le metteur en scène ]

Quel est le point de départ du travail ?

Au début, je suis parti sur K. Dick, sur "Si ce monde vous déplait" qui est un recueil de quatre conférences de K. Dick. Mais je n’y prenais pas trop de plaisir et je me suis dit qu’il fallait que je reparte d’un travail plus proche de moi, un travail de création plus proche de mes préoccupations. Je suis donc revenu sur des thématiques récurrentes chez moi que j’ai pu aborder dans certains ateliers, mais qui sont aussi déjà présentes dans les spectacles : le paradis (au sens très large), le bonheur. Je suis également retourné sur des choses que j’avais proposées sur Pop ? et qu’on n’avait pas exploité, notamment une proposition qui fait partie de mes obsessions liées au temps.
Petit à petit j’ai construit un spectacle potentiel qui au final se retrouve être assez K. Dickien.

Pourquoi K. Dick ?

Il y avait un texte de K. Dick que j’aimais vraiment bien, qui finalement est un peu la base de la réflexion, que j’avais abandonné et auquel je suis retourné de façon presque inconsciente. C’est un texte où ce type qui est quand même un peu taré explique que notre cerveau est composé de deux parties, le cerveau gauche et le cerveau droit, que lui sait pourquoi et que le monde moderne ( le livre a été écrit il y a une vingtaine d’année) ne l’a jamais compris.

Dans ce texte il écrit que si nous avons deux cerveaux, c’est parce que nous avons deux vies parallèles dans deux espaces/temps parallèles, que ces deux espaces/temps coexistent sans être conscient l’un de l’autre tout en étant l’un et l’autre tout aussi réel et matériel, donc une personne vivant une situation donnée dans le « temps présent » avec son cerveau droit peut vivre simultanément la même situation avec un système de réactions et de vécu qui est exactement à l’opposé de celui du « temps présent » et la personne vit cette situation avec son autre cerveau. K. Dick prétend que lui a réussi à rendre conscient son cerveau gauche de son cerveau droit et inversement. Ce qui m’intéresse dans ce concept c’est que travaillant sur deux visions de même valeur mais opposées, l’une étant un négatif de l’autre, il réinterroge la notion de bien et mal.

Il m’intéresse aussi beaucoup parce qu’il renvoi à des thématiques sur lesquelles j’aime travailler : le déterminisme, la liberté, le libre arbitre, l’oppression … qui sont des thèmes souvent présents dans mon travail.

Création ou K. Dick ?

K. Dick était le point de départ, puis je me suis demandé pourquoi passer par K. Dick pour travailler sur des thématiques proches, et finalement les deux choses se sont entremêlées.
Se sont ajoutées à cela d’autres questions qui me préoccupaient, comme la notion de personnage dans le travail. Très rapidement une chose était très claire c’est que je ne voulais pas que le théâtre soit un des sujets du spectacle, contrairement à Pop ? où la question de la représentation est une question en soi. Pop ? parle du jeu, du non-jeu de ce que c’est qu’être un acteur … Sur ce spectacle je veux parler de la vie, de la vie des gens, mais pas forcement de notre vie d’artiste. Tout cela associé à la notion de temps.

Distribution

mise en scène, écriture et scénographie : Armel Roussel

assisté de : Julien Jaillot

avec : Karim Barras, Yoann Blanc, Lucie Debay, Sofie Kokaj, Mathilde Lefèvre, Nicolas Luçon, Pascal Merigi, Florence Minder, Vincent Minne, David Murgia, Uiko Watanabe

dramaturgie : Nicolas Luçon

lumières : Patrice Lechevallier

son : Brice Cannavo

musique live : Karim Barras

chorégraphie : Pascal Merigi

costume : Mina Lee

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production : Laurent Henry

Un spectacle de Utopia 2 en coproduction avec le Théâtre Varia, Centre dramatique de la Communauté française Wallonie-Bruxelles et le Théâtre de la Place, Centre dramatique de la Communauté française Wallonie-Bruxelles – Centre Européen de création théâtrale et chorégraphique. Avec le soutien du Théâtre de Cavaillon, scène nationale.