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Alexandre Ostrovski / Paul Desveaux

L’orage


La vie d’une société provinciale et étriquée. Une jeune femme fraîchement mariée, Katia, étouffée entre un mari faible et une belle mère tyrannique, finit par échapper à « la folle ronde des humains » qui l’entourent : petits commerçants haineux, servante débonnaire, rêveur, alcoolique perdue entre raison et déraison...
Alexandre Ostrovski, contemporain de Dostoïevski et de Tolstoï, est considéré comme le fondateur du répertoire dramatique Russe.

Notes sur L’orage


Je ne connais pas la Russie, je n’y suis jamais allé. Je l’ai toujours aperçue par le prisme de la littérature. J’avais un ami russe, mais il a bien plus contribué à alimenter mon imagination qu’à m’aider à entrevoir une part de réalité.

Ce qu’on appelle « Russie » est pour moi un mélange de
projections personnelles, d’informations télévisées, d’articles sur la politique, d’un capitalisme sauvage depuis la chute du mur... un pays aux sentiments exacerbés, entre Tchekhov, Dostoïevski et Ostrovski.
En un mot, l’espace de l’imaginaire.
Dans un studio de cinéma : un reste de fast food, des arcades, une porte,... un travail sur l’envers et l’endroit du décor.
La lumière. C’est un jeu permanent, une alternance constante entre l’ombre et la lumière, entre l’apparence sociale et les désirs intimes.
L’espace littéraire de la pièce propose un certain nombre de recoins, de cachettes propices à la révélation de ces mouvements intérieurs.

Pendant toute la pièce, il y a cet orage au-dessus de nos têtes.
Certains pourront y voir le geste d’une présence divine, d’autres la beauté d’un phénomène naturel.
La culpabilité n’est pas ou n’est plus le simple fait de la religion. Je parle de cette culpabilité encrée dans les fondements de notre société, et que nous nommons « judéo-chrétienne ».
Je peux tenter de m’en défaire, je peux la nier, ou m’y opposer, mais dans tous ces cas, cette culpabilité est bien présente.

Un exemple parmi les nombreuses contradictions humaines :
Désir et morale. C’est un équilibre fragile entre intimité et altérité, entre le souvenir de l’animal que nous sommes et la tentation d’accéder au divin.
Je ne dis pas que l’un de ces termes doive prendre un ascendant sur l’autre. Mais il se trouve que nous réprimons bien plus souvent notre propre désir que ces règles ancestrales, que nous pourrions réunir sous le terme de « morale ».
Dans une société où la morale prend le pas sur le désir, nous étouffons une part de l’individu.

Quand nous parlons de conscience, nous envisageons une
conscience nourrie par la réflexion objective de la raison. Je suis conscient, je regarde l’objet avec distance.
Mais si cette conscience était influencée par la morale, axiome invisible de nos fondements, pourrions-nous parler encore d’objectivité ?
Cette pièce parle de désir, des mouvements de notre corps quand notre raison tente de les apaiser.
La lecture de L’orage fût, pour moi, la révélation d’une écriture aux sentiments violents et subtils, où serait mis à jour une intimité généralement caché par l’apparence d’un visage.

Paul Desveaux

- Ecoutez l’interview audio de Paul Desveaux à propos de l’Orage :
Pourquoi avoir choisi ce texte ?
Le thème de l’adultère dans l’Orage
Le travail de chorégraphie avec Yano Iatridès

- Retrouvez une biographie de Paul Desveaux et des informations sur Alexandre Ostrowski en téléchargeant le dossier complémentaire l’Orage