Autour des spectacles

3 spectatrices ont vu "Le temps scellé"

 

par Vincent

vendredi 16 décembre 2011

Jeudi 8 décembre, nous avons fait la route jusqu’au Théâtre du Merlan à Marseille accompagnés de Marianne, Marie-Josée et Geneviève (spectatrices "pécou") pour découvrir le spectacle Le temps scellé de la chorégraphe et danseuse Nacera Belaza.

En attendant d’accueillir ce même spectacle vendredi 16 mars dans le cadre de l’Exclamation n°2 "Places de la démocratie", nos trois amies nous ont transmis leurs impressions et commentaires à chaud sur cette œuvre singulière, hypnotique et radicale.

Marianne
" Je trouve difficile de commenter ce tableau, qui me laisse le sentiment d’une impossibilité à pouvoir échapper à son individualité, enfin, à la non-communication, qui caractérise notre monde contemporain. La liberté dans les mouvements des deux danseuses est soulignée par un cadencement de la musique qui s’intensifie à l’obsession, comme pour amplifier cette impossibilité à sortir de soi. "

Marie-Josée
Echos et repères

" Rien de spectaculaire dans ce spectacle mais bien plutôt une volonté obstinée à revenir et remettre sur le métier 3 éléments constitutifs de l’univers de Nacera : la présence obsédante du son qui n’est pas que surlignage musical mais se fait entendre du murmure à l’assourdissement dans une boucle incessante, l’effacement du corps de la ou des danseuses dans des vêtements conçus pour que ne reste que l’énergie de cette danse. Et les allers et retours entre clair-obscur et crudité de la lumière du plateau.

Donc d’abord trouver sa voie pour trouver les éléments du langage chorégraphique, esthétique de la chorégraphe.
Pas de repères non plus lorsqu’une danseuse prend la suite de l’autre dans des effets de fondus enchaînés au noir comme au cinéma où les corps peuvent sembler interchangeables jusqu’au moment où présentes toutes les 2 sur le plateau les 2 qui ne faisaient qu’1 se soutiennent dans leur geste leur élan et nous redonnent le sens du mot fraternité.

Redire que les corps et la danse expriment la force de l’élan vital malgré l’effacement, malgré l’ombre malgré tous les efforts d’enfermement, que la force spirituelle trouve son expansion dans un temps qui dépasse chacun des individus qui en éprouve la durée et que le ravissement dont semblent saisies les danseuses est liée à leur faculté à se laisser porter par leur mouvement qui nous emporte à son tour pour un enveloppement et un partage de l’extase procuré par la proximité de l’autre toujours pareil et toujours différent mais toujours porteur de toutes nos questions et de toutes nos réponses.
L’autre comme repère, comme soutien, comme question et comme réponse. "

Geneviève
" J’ai vu « Le Temps Scellé » de Nacera Belaza : j’aurais probablement tenté d’oublier, si je ne m’étais pas engagée à écrire dessus.
Oublier comme une expérience intime qui ne donne pas lieu forcément à commentaire.

Est-ce un spectacle ? Le mot est mal choisi.
L’acte auquel nous étions convié d’assister se déroulait dans un théâtre. Nous le savions, car nous ne pouvions voir.
Avec si peu de lumière, grise ; sol gris, boite scénique grise ; deux corps vêtus de gris. Un espace dématérialisé, vide, et si peu appréhensible.
La nuit tous les danseurs sont gris. Les voyeurs seront frustrés.

Une bande-son lancinante, réitérative, à peine audible par moment, dont la montée en puissance rythmique aurait pu s’entendre l’oreille collée à même le sol dans les trains d’autrefois, Un son, abstrait ?, où la voix reprenait en boucle inlassablement les mêmes phrases musicales. Plus loin on passait de ce qui aurait pu être la rythmique d’un train à ce qui pourrait être celle du galop d’un cheval.
Pardon pour les images, c’était pourtant abstrait. Les musiciens seront frustrés.

Corps vivants. Mais est-ce des corps ? Les danseuses en sorte de survêtements gris, n’ont plus de corps visible, n’ont plus de formes. Dansent-elles ? Elles sont prises d’une frénésie d’agitation, comme des « cellules vivantes » qui évoluent dans une solution liquide, l’essence du « mouvoir ».
Pas de début. Pas de fin. Pas de narration.

On l’a compris, on n’était pas à la fête. Le temps pesait : quarante minutes dont on percevait toute l’épaisseur. Pas de jouissance. Pas de sensualité. Surtout pas de plaisir. Mais voyons, va-t-on au spectacle pour cela ? « Le temps scellé ».

Il n’y avait rien à « voir », ou si peu. Qu’une expérience « à vivre ».
Puissance de l’esprit ? Ascétisme ? Chorégraphie sans image ? Esthétique extrême ?
Parti pris philosophique ?
A vous de voir. "

Nacera Belaza sera accueillie en résidence de création au Théâtre de Cavaillon en février 2012. Restez à l’écoute, on vous en reparlera !


Nacera Belaza Les Sentinelles
+ Le Cri & Le Temps scellé
Vendredi 16 mars - 20h30
Théâtre de Cavaillon
Représentation précédée à 19h des Sentinelles, création de Nacera Belaza interprétée par les élèves de l’école de danse la Coline (Istres) : entrée libre

Nacera Belaza

Les Sentinelles
+ Le Cri & Le Temps scellé