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Le devoir du spectateur bouleversé
Juste la fin du monde, un film de Xavier Dolan

jeudi 6 octobre 2016, par Jean-Claude

Un homme d’une trentaine d’années revient au sein de sa famille qu’il n’a pas revue depuis douze ans pour annoncer sa mort prochaine.

Aujourd’hui, il est essentiel d’oser parler, d’oser défendre, plus justement, d’oser accompagner, haut et fort, sur la « Place Public », une œuvre que l’on a tant aimée. Et ainsi, la faire vivre aussi loin que possible. Une œuvre qui, elle-même, si vous l’appréciez, ne manquera pas de vous accompagner aussi loin que possible et illuminera peut-être une parcelle de votre intimité jusque-là dans l’obscurité, la confusion. Si essentiel que cela devient un devoir aujourd’hui. Le devoir du spectateur bouleversé. Ne jamais plus laisser une émotion se noyer dans ce silence infructueux, au risque de l’oubli, au risque du remord, mais au contraire la partager, la transmettre dès que possible, la revendiquer, oui, surtout face à ces personnes qui, elles, n’hésitent pas un instant, en toute liberté bien sûr, à hurler leur profonde déception face à cette même œuvre, avec une audace, des mots, des gesticulations, d’une rare cruauté parfois. En toute liberté bien sûr.

J’ai vu le nouveau film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, une œuvre très fidèlement inspirée, jusque dans le titre, de la pièce de Jean-Luc Lagarce, l’un des plus pertinents auteurs dramatiques du XXe siècle, aux côtés bien sûr de Bernard-Marie Koltès, tous deux emportés par le sida en 1995 et 1989.

Avant d’écrire ces mots, j’ai tenu à laisser cette œuvre me parcourir, d’abord en toute intimité, ne cesser de me parcourir dans les jours qui ont suivi sa découverte, afin d’estimer, le plus justement possible, toutes les influences qu’elle avait eu en moi. J’ai appris que certaines personnes, des spécialistes de surcroit, n’avaient pas aimé le film à Cannes mais qu’elles l’avaient davantage apprécié en le voyant de nouveau à Paris. Avant de juger une œuvre, d’en parler, d’écrire, de gesticuler, ne faut-il pas être persuadé des sentiments qu’elle vous a inspirés ? Il me semble, même si je ne suis pas un spécialiste.

Je suis parti à la découverte de Juste la fin du monde, engoncé, il est vrai, dans une certaine appréhension, dans une crainte même, redoutant l’adaptation pour le cinéma de ce texte poignant, débordant d’humanité. J’avais alors la certitude que ce texte ne pouvait se révéler pleinement que sur le plateau d’un Théâtre. Il faut se méfier de la certitude, de son apparente puissance, qui n’est finalement là que pour être bousculée. Il est bon d’avoir des certitudes mais en ayant toujours conscience qu’elles sont d’une extrême fragilité. Xavier Dolan a malmené ma certitude. Il m’a étonné, il m’a plongé, dès les premières secondes, dans une œuvre vivante, une œuvre à cœurs ouverts, une œuvre vivante et qui pourtant n’était plus du théâtre. L’humanité débordante de Jean-Luc Lagarce était là, restituée, à même l’écran. Non. Pas une œuvre, un chef d’œuvre, au sens joyeux du terme. Je veux dire que Xavier Dolan a fait preuve, une fois encore, et en tous domaines, dans sa réalisation, dans le choix des acteurs, dans sa direction d’acteur, dans la sensibilité avec laquelle il a traversé l’œuvre originelle, d’une audace créatrice et singulière qui entrouvre une voie pour appréhender et vivre le cinéma d’une façon différente sans pour autant mépriser les autres. Il faut maintenant s’attarder sur son talent, s’en émerveiller, un talent qu’il ne cesse d’affirmer au fil de ses réalisations par la pertinence des sujets qu’il choisit, par l’art de les saisir, de les sublimer à travers la caméra. Xavier Dolan est un artiste à part entière parce qu’il a des choses à dire, n’en déplaise à certains ! Réjouissons-nous plutôt qu’un tel créateur soit aujourd’hui parmi nous, dans ce monde si âpre ! Et que sa jeunesse soit pour nous, plus qu’une curiosité, un réconfort, une espérance.

Volontairement, je ne distinguerai pas les comédiens qui sont tous d’une rare justesse, pour la plupart à contre-emploi, ce qui laisse à penser que le travail pour atteindre le personnage, la perfection du personnage, a dû être important, lourd et précis. Toutes et tous ont le talent rare de faire murmurer, hurler les silences et de rendre parfois les mots dérisoires.

Ce jeune homme d’une trentaine d’années avouera-t-il sa mort prochaine ou cela lui semblera-t-il superflu face à une famille qui s’éteint au fil des souffrances et des non-dits ?
Réjouissons-nous encore qu’un tel créateur soit aujourd’hui parmi nous !

A La Garance, nous nous réjouissons déjà car les mardi 9 et mercredi 10 novembre, nous accueillons la création d’Agnès Régolo Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de… de Jean-Luc Lagarce

Jean-Claude Herbette

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