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La Garance, un auteur et trois familles
Lire et dire le théâtre en famille à Cavaillon

mardi 13 décembre 2016, par Ophélie, David

Le théâtre pour la famille, le théâtre en famille, la pratique du théâtre en famille…
La famille est depuis longtemps l’un des axes prépondérants dans la politique culturelle de La Garance. Le projet « Lire et dire le théâtre en famille » en est un exemple : la rencontre entre un auteur et des habitants parfois éloignés de notre activité, autour d’un texte du répertoire du théâtre jeune public.

Aller ainsi de famille en famille dans un désir commun de découverte de textes de théâtre proposés par un auteur. Mettre en pratique puis en scène ces textes avec chaque membre de la famille : « Lire et dire le théâtre en famille », voilà un nouveau mode de rencontres, dispositif mis en place à Cavaillon pour la première fois, au tout début de la saison, dans le cadre du contrat de ville, en lien avec l’association nationale, à l’initiative de cette démarche : « Les Scènes appartagées » dont La Garance est l’un des membres fondateurs.

Lors d’un Pow-wow, nom donné aux rencontres entre les artistes compagnons et les membres de La Garance, l’équipe a souhaité partager quelques constats sur nos difficultés à sensibiliser, hors séances scolaires, les familles en particulier celles des quartiers, relevant de la politique de la ville. Estelle Savasta, auteure et metteur en scène, nous a fait découvrir cette démarche déjà mise en œuvre au Festival « Petits et Grands » à Nantes, par la CCAS pour les personnels de l’entreprise EDF-GDF et dans d’autres théâtres en France comme le théâtre national de Chaillot à Paris. Un projet novateur qui va à contre-courant de la politique du chiffre, parfois demandée, un dispositif pointilliste qui part à la rencontre de spectateurs, un par un, famille par famille…

Lire et dire le théâtre en famille : en 66 mots

Un artiste se rend dans une famille, durant trois séances de deux heures, pour lui faire découvrir le répertoire de théâtre jeune public, s’en emparer, et restituer ce moment de théâtre auprès d’invités, conviés par la famille.

Un projet commun de vivre ensemble, tout écran éteint et loin du zapping, durant trois semaines et trois week-ends consécutifs, autour des mots, des textes et des émotions théâtrales.

La médiation et les prémices de la rencontre

Nous sommes tout de suite enthousiasmés à l’idée de provoquer de belles rencontres entre Estelle Savasta, auteure bienveillante, et des familles que nous ne connaissons pas. Ces familles sont alors contactées et informées grâce à la collaboration d’acteurs de terrain comme le Centre social municipal - le LIP ou l’équipe de l’ADVSEA. Trois familles nous ouvrent alors leur porte, et nous voilà invités dans trois appartements, dont les adresses ne sont pas encore inscrites dans les fichiers de billetterie ou de relation publique que nos théâtres chérissent tant…

La mise en place du dispositif : trois expériences singulières

« Lire et dire le théâtre en famille » commence alors.
Pour Estelle, les membres de l’équipe de La Garance et les familles, c’est une première : nous nous réjouissons de ce nouveau mode de rencontre, de cette démarche insolite. Nous tenons aujourd’hui à partager avec vous ces moments précieux entre Estelle Savasta et les familles, partager aussi avec vous toute l’émotion qui nous a bouleversés.

Journal de « Lire et dire le théâtre en famille »

Rencontre avec Fatima, son mari et ses quatre enfants

Fatima apporte un plateau, avec une théière, dans laquelle des feuilles de thé infusent. Un beau (et bon !) gâteau fait en famille, des biscuits, du pain, de la vache qui rit... L’accueil est princier et chacun a le sourire de cet instant délicieux, celui de l’impatience aussi : « alors, quand est-ce qu’on fait du théâtre ? »
Le fils revient du foot, quitte ses chaussures à crampons, se change, puis, nous rejoint. En quelques mots, nous lui expliquons le pourquoi de notre présence. Ensuite, Estelle présente quatre textes : Le Journal de Grosse Patate de Dominique Richard, La remplaçante d’Audren, Les trois petits vieux qui ne voulaient pas mourir de Suzanne van Lohuizen et Bouli Miro de Fabrice Melquiot. Elle raconte les thèmes des ouvrages, puis, pour rencontrer plus directement les textes, en lit les premières pages.
Quand vient le moment du "Journal de Grosse patate" :

« On m’appelle “Grosse patate”.
Ce n’est pas mon vrai nom. On m’appelle comme ça parce que j’aime manger. J’aime tellement manger ! Pétard de pétard !
Je mange tout le temps. En famille, je mange. Quand je m’ennuie, je mange. Aux anniversaires, je mange. Je goûte tout ce que les autres mangent. (…) »
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La famille de Fatima

Le jeune homme coupe spontanément la parole : « pourquoi tu me dis ça ? ». Quelques rires bienveillants, face à cette question spontanée.
Le choix se porte sur La remplaçante. Les personnages les séduisent. Estelle voit déjà en eux de parfaits représentants d’une jeunesse fort maline. L’aînée sera l’institutrice, les trois autres et leur maman seront les élèves.

Le résumé : Une classe. Les enfants sont tous plus malins les uns que les autres. A tel point qu’ils « rendent chèvre » (en fait, autruche) leur maîtresse, puis, sa remplaçante. Elles ont face à elles, des enfants fâcheusement pertinents, qui ne cessent de les pousser dans leurs retranchements.

Les personnages sont distribués. La lecture commence. L’aînée n’hésite pas une seconde à corriger sa maman lorsque celle-ci malmène certains mots. Tout n’est cependant que bienveillance et complicité.

Le premier des trois ateliers s’achève après deux bonnes heures de travail. Les feuillets sont maintenant retournés. Aussitôt, des discussions informelles s’engagent, démonstrations chorégraphiées ou racontées. Cet après-midi-là, le salon aura regorgé d’histoires.

Les autres séances sont tout aussi studieuses. Estelle Savasta leur transmet de nombreuses astuces pour entrer dans le jeu d’acteur... afin de mieux incarner, « cet enfant astucieux », presque insolent, ou cette remplaçante prête à craquer !

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La famille de Fatima

Nous sommes nombreux le jour de la restitution. Cela pétille dans les couloirs. Il est temps de réunir les « costumes » de scène. Estelle propose un exercice de respiration dans une chambre, en guise de loge. Petits et grands assistent à la lecture, dans une respectueuse écoute, qu’ils apprécient fortement. Applaudissements à tout rompre. Cet après-midi-là, le temps s’est suspendu. Dans ce bâtiment de la Cité du Dr Ayme, cette famille était au sommet de l’art de dire le théâtre, devant un public conquis, qui soudain la regardait différemment. Quand, sur ce même fuseau horaire, beaucoup étaient devant des écrans.

Rencontre avec Leïla et ses quatre enfants

Nous entrons dans la Tour D du Dr Ayme. Aussi verticale que ce paysage urbain, les temps partagés entre Estelle Savasta et cette famille ne cesseront de faire passer des paliers. Leïla est une autre mère courage. Quatre enfants avec des énergies si grandes à canaliser, dans si peu de mètres carrés.
La convivialité s’installe rapidement. Estelle Savasta a cette nature qui suscite la confiance, une sympathie immédiate. L’accueil est entier, l’impatience encore au rendez-vous. Les textes font leur entrée dans ce nouveau foyer. La concentration est difficile.

Le second temps est cadré sur mesure, pour des enfants qui ont un accès inégal à la lecture et à la concentration. Des astuces sont même trouvées par Estelle. En chef d’un nouvel orchestre, c’est sûr, les enfants, leur maman et leur tante aimée, partagent une aventure qui pousse les murs du salon, crée des perspectives nouvelles. Des conflits peuvent être oubliés dans cette fratrie très animée. On oublie la peine face à la lecture, on se redécouvre, les enfants peuvent jouer aux vieux, les adultes peuvent partager un temps apaisé, un vrai jeu :

« La première fois, j’ai eu peur que ça ne puisse être géré, avec les enfants… Enfin, ils sont compliqués quand même. Et puis finalement, ça l’a fait ! Ils n’ont jamais été aussi sages. Et puis, dans les quartiers, on ne connaît pas le théâtre. Quand vous êtes venues, je veux dire, c’est super d’avoir amené le théâtre. Ça nous a permis de nous regrouper. Je ne connaissais pas le théâtre comme ça, en famille. Et faut dire, c’est un quartier sensible, vous avez beaucoup de mérite de venir, même les médecins ne viennent plus, à cause de l’image du quartier. Et que vous soyez venues, c’est génial. C’était très bien, ça m’a donné confiance, j’avais peur de ne pas pouvoir faire le spectacle. Et maintenant, j’ai envie de le refaire. » Sana
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La famille de Leïla

Troisième famille : Saïda, son fils et sa fille

Nous arrivons avec Estelle dans la famille de Saïda. Ses trois enfants sont autour d’elle. La petite dernière est âgée de 2 ans. Le papa travaille ce samedi matin. Il est encore tôt et le petit déjeuner est encore dressé sur la table du salon. Nous nous présentons mutuellement. Puis, nous sortons les livres, les textes…

Petit à petit, les écrans s’éteignent pour laisser la place au papier. Seul le garçon reste devant son jeu vidéo Fifa 98. La séance suivante, il sera parmi nous.

Les livres sont absents dans cet appartement. Estelle promet alors de revenir la semaine suivante avec un livre pour chacun des enfants. On choisit le texte : ce sera « Le journal de Grosse Patate », un texte qui permet de ne pas se prendre au sérieux malgré l’exercice qui donne l’impression d’un travail comme à l’école !

Le second rendez-vous a lieu au théâtre. Il provoque une sortie et une balade en famille. Le théâtre, la famille le connaît bien. Les enfants l’ont déjà fréquenté, grâce aux séances scolaires. Y compris la maman, parce qu’elle a été accompagnatrice, dans le cadre du dispositif « J’invite mes parents au théâtre ». Le Théâtre devient petit à petit familier.

Pour le troisième rendez-vous la famille n’est pas là. Un problème d’organisation familiale, de téléphone coupé et aussi la trouille d’un membre de la famille de dire du théâtre face au public. Mais après rencontres et discussions, un nouveau rendez-vous est fixé en janvier. Ce n’est que partie remise ! La maman nous confie qu’ils continuent de lire ce texte de théâtre, sans Estelle, et qu’ils désirent aller au bout de ce projet. Nous réservons un sacrée surprise à cette famille. Dominique Richard est venu à Cavaillon pour le spectacle « L’enfant cachée dans l’encrier » de Joël Jouanneau dans lequel il joue. Il a profité de ce passage pour dédicacer son livre pour la famille de Saïda :

« Pour toute la famille, un petit souvenir de l’histoire de Grosse Patate avec Estelle Savasta, merci d’avoir prêté vos voix et vos émotions au journal de cette petite fille qui grandit au rythme des saisons, se métamorphose et apprend à devenir celle qu’elle est. J’espère que ce récit vous a rappelé les rêves grandioses de l’enfance, qu’on porte toujours en soi…. Amitiés » Dominique
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